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Allocution à St Martin de Brômes le 16 Juin 1999, par Robert Levy


Le 16 Juin 1944, dans le courant de l'après-midi, sous un soleil de plomb, allait se commettre, ici même un crime horrible qui allait endeuiller 15 familles varoises et en solidarité et compassion les Bas-Alpins des environs : le verdon n'ayant jamais empêché de bonne relations entre les deux départements. Il en est toujours de même.

Les circonstances de cet assassinat collectif, nous les connaissons dès le début. La date et les faits sont les mêmes. Seule l'heure précise reste incertaine. Mais cela n'est pas important et n'enlève rien à cet acte sauvage. Rappelons très brièvement les faits. Deux ou trois jours plus tôt, ils avaient adhéré à la Résistance, décidés à quitter leur milieu familial et amical non pour travailler ou chercher du travail dans les forêts comme certain l'ont dit ou même écrit car ils n'étaient pas sans travail et leur jeune âge les mettrait à l'abri des réquisitions pour le S.T.O. Ils voulaient simplement se battre comme d'autres le faisaient.

Les grandes idées philosophiques ils les laissaient à d'autres. Eux voulaient participer. Ils y avait trop de Français qui attendaient le moment où les coups ne tomberaient plus. La France et surtout cette Provence ensoleillée étaient occupées depuis longtemps. Il fallait chasser ceux qui n'avaient pas été invités, du moins par le peuple. Et puis du Var aller dans les Basses-Alpes, c'est encore se sentir chez soi. C'est proche et puis l'on y parle le « Provençal » certes pas celui de Mistral mais l'on se comprend très bien.

Ils vont y retrouver des Résistants plus chevronnés à qui ils vont remettre des musettes de vivres et de quoi boire. Ils en connaissent au moins deux : Roger Baudoin et Florian Fuentès de Carcès . Ces derniers seront tués lors de l'attaque du camp, le 11 Août , tout prés, à St Croix du Verdon avec d'autres.

Ce que ces jeunes ne pouvaient savoir et nous non plus c'est que, avant même leur départ ils étaient condamnés à mort. Vendu par un ou plusieurs Français. Ils vont vers leur triste destinée.>

Et c'est la halte ici même, leur descente du car. Deux ou quatre jeunes s'isolent derrière les buissons et seront les uniques témoins .

Les quinze sont cernés par les Allemands auxquels s'étaient joints, peut - être des éléments de la Division Brandebourg, composée de mercenaires de nationalités diverses et qui, pour quelques liasses de marks auraient égorgé leurs propres parents .

Quelques rafales, sans discussion, ont mis fin à leurs courtes existences. Le drame est consommé. Le chauffeur du car était de chez nous. Lui ne fut pas inquiété et pour cause. Il put rentrer à Brignoles avec son véhicule. Nous l'avons cherché en vain. Nul ne semblait le connaître . Bien plus tard, j'appris qu'il était marin - pompier à l'arsenal de Toulon où il essaya de s'enrôler dans la milice, mais en vain. Puis, de la milice à la gestapo, le pas fût vite franchi. Arrêté après la libération, enfermé au Fort Ste Catherine, il fut condamné à mort puis fusillé.

Il y eut quatre rescapés dont deux seulement, en sanglotant, nous firent le récit du drame . Par la suite, ils ne se firent pas connaître. Certainement pour leur propre sécurité et celle des leurs. Nous avons respecté leur anonymat.

Que reste t-il des ces petits dont nous ne gardons que leurs sourires: cette belle plaque, ici et dans leurs communes respectives, ce bout de terre abreuvée de leur sang et qui, maintenant, symboliquement, leur appartient, leur place longtemps vide à la table familiale, des photos jaunies par le temps dans un album ou un tiroir, les montrant, très fiers, en communiants dans un costume neuf.

Depuis bien d'année, nous en parlons aux élèves qui présentent le concours « Résistance et Déportation ». Quelques- uns de leurs visages, cette plaque et leur engagement paraissent dans les œuvres de ces jeunes garçons et filles .

Il y a quelques mois, Basile Bolli, joueur à « L'olympique de Marseille » disait que, dans son pays d'Afrique Noire, l'on respectait et entourait de prévenances les personnes âgées car elles perpétuaient la «  Mémoire ». Les archives étaient gravées dans leurs têtes et il terminait par cette belle phrase : » lorsqu'un ancien nous quitte, c'est une bibliothèque qui brûle « . Certes nous sommes bien informatisés mais la machine ne peut fournir que ce que ce qu'on lui a confié. La « mémoire » est dans le cœur des familles et dans nos têtes.

Chaque année, nous sommes un peu partout afin de la raviver.

Ces jeunes et moins jeunes et tous les autres sont morts pour la France. Ils font donc partie de notre patrimoine historique .

Oublier nos martyrs équivaudrait à les tuer une deuxième fois .


A lire selon le temps imparti

Nous ne pouvons ni avons le droit de les oublier alors que, eux, le 16 Juin 1944 , avaient tout laissé derrière eux : leurs familles, leur toit, leur petit bien-être qui n'était certainement pas le grand luxe mais dans lequel ils avaient grandi et vécu heureux . Et puis, cette volonté de participer, de gonfler les rangs de ceux qui se battaient déjà. Ils voulaient être parmi ceux qui allaient donner à la France sa liberté, sa République supprimée en Juillet 1940 et remplacée par l'Etat Français .

Un peu partout, là où les mêmes massacres, les mêmes crimes ont été perpétrés , ce sont des forces supplémentaires que la Résistance, cette force dont nul ne pouvait en apprécier la valeur et le nombre aurait recueillies avec joie dans ses rangs. Cette force qui à surpris les Alliés. Surpris désagréablement disons - le franchement car les Anglais et les Américains avaient des vues et un avenir pour notre pays . Sans ces soldats et marins, venus des territoires du bout du monde rejoindre le Général De Gaulle, en plus des 300.000 Résistants estimés par le Général Eisenhower donnaient à la France une position de nation à part entière mais que peut - être elle aurait été réduite à devenir la 51em étoile sur le drapeau américain. Je fais souvent cette boutade mais il s'avère qu'elle n'est pas totalement loin de la vérité .

La Résistance a servi a quelque chose. Eux aussi, la France a une dette envers eux ils ont droit à notre respect.

C'est pour cela que nous sommes là aujourd'hui et que nous continuerons à le faire tant autant que cela nous sera permis . Mais alors il faudra que d'autres , plus jeunes nous remplacent et ils le feront. Nous en sommes certains .

Ils ont donné leur jeunesse et leur vie sans rien demander. Donnons- leur un peu de notre temps et toutes nos pensées .

Liste des tués

Brignoles :

Bertollucci Rolland 19 ans
Prestia Joseph 24 ans
Magakian Jean 18 ans
Simondi Gabriel 18 ans
Cantini Enzio
Un inconnu ( soldat Italien peut-être)

Le Val :

Bagarre Louis 18 ans
Héraud Camille 18 ans
Fabiano Raphaël 18 ans

Carcès :

Marès Max 17 ans
Unia Gabriel 19 ans
Botto Eugène 20 ans<

Montfort sur Argens

Sappa Alexandre 20 ans
Cabasse André 21 ans
Fagginolo Constant 20 ans

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