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ALLOCUTION AU MONUMENT DU BESSILLON le 25 JUILLET 2010
Par Max DAUPHIN, Président du Comité ANACR.


Mesdames Messieurs, Amis et Camarades

Nous commémorons aujourd'hui le 66ème anniversaire du massacre du Bessillon survenu le 27 Juillet 1944, dont le souvenir ne s'effacera jamais de nos mémoires.
En ce jour, il m'est difficile de ne pas parler de l'appel du Général de Gaulle du 18 juin 1940, dont on a célébré de manière intense le 70ème anniversaire.
Il est vrai que cet appel n'a pas été entendu par beaucoup de personnes.
La radio anglaise « la BBC » se mettait au service de la Résistance Française.
A partir de ce jour, la presse régionale, « le Petit Provençal », entre autre, fit paraître le 19 Juin 1940, l'appel du Général de Gaulle en première page ( le couperet de la censure n'était pas encore tombé ). Que ce soit à Pontevès, Barjols, Cotignac et d'autres villages, les habitants furent informés de cet appel en se demandant, qui était ce général inconnu qui appelait à la lutte, en disant que la France avait perdu une bataille mais pas la guerre et que la flamme de la Résistance ne s'éteindrait pas.
Il est certain que nos Martyrs du Bessillon, avaient pris connaissance du contenu de cet appel. Les journaux et la radio étant les seuls moyens d'information de l'époque.
Dans le mois qui suivit, le malheur voulut qu'un vieillard, Maréchal de France, Philippe Pétain après avoir obtenu les pleins pouvoirs, se mit à parler des malheurs de la France.
Il fit effacer, du fronton des mairies la devise de la République LIBERTE EGALITE FRATERNITE en la remplaçant par un slogan de société d'assurance-vie « Travail, Famille, Patrie ».
Les Français ont alors eu l'impression que la France démissionnait et que s'éteignait cette lumière, qui depuis des siècles, éclairait le monde.
Les défaitistes eurent beau jeu en invoquant Pétain comme ont eût évoqué Jeanne d'Arc.
C'est à partir de là que la Résistance s'est organisée.
Dans un premier temps non armée, cette Résistance n'était encore qu'une révolte.
N'oublions pas la manifestation du 11 Novembre 1940, où, ce jour là 2500 lycéens et étudiants, malgré l'interdiction faite, déposent des fleurs sur la tombe du soldat inconnu à l'Art de Triomphe à Paris. Bien entendu ces jeunes affronteront la police parisienne et la Wehrmacht. Il y aura des arrestations, des blessés et un mort.

Mais bientôt, des hommes et des femmes, retroussèrent leurs manches pour se mettre au travail au milieu des terribles périls de l'action clandestine.
C'est à eux, surtout, que je veux rendre hommage, en formant le vœu que le monde de demain se souviendra de ce qu'ils on fait, car nous en sommes aujourd'hui les héritiers.
Oui ! Nous sommes les héritiers de ces hommes qui, le 27 Mai 1943, ont donné le jour, sous la présidence de Jean Moulin, au Conseil National de la Résistance. Ils ont fait ce jour là, un véritable choix de civilisation.

A la libération, la France est un pays en ruine.
74 départements ont servi de champs de bataille. La dette nationale a quadruplé. On est en pleine pénurie de tout. La production industrielle ne représente que 29 % de ce qu'elle était en 1929.
Fallait-il être inconscients pour créer la Sécurité Sociale et les retraites dans un pays effondré ?
Comme le disait dans une interview Maurice Kriegel-Valrimont, Résistant, un des signataires de l'ordonnance de 1945, portant création des retraites : « Ils nous ont traités de fous, c'est vrai que c'était à peine concevable. Nous sommes passés outre et nous avons fait les choses »
Alors là la preuve à été faite, l'investissement social est un investissement économique formidable !
Les trente glorieuses n'auraient pas été possibles si nous n'avions pas fait cette législation sociale. L'histoire a tranché.
Aujourd'hui, face au poids de la dette publique il faudrait se résigner et renoncer à conquérir de nouveaux droits sociaux ?
Nous, anciens combattants de la Résistance, nous insistons pour dire que dans toute une série de domaines, le fait de donner, de garantir ces droits sociaux résout le problème posé.
Nous voulons un pays dont les institutions permettent à l'homme de s'épanouir et de vivre dans la dignité. Un pays qui ait le sens de la mesure, qui exerce la justice, qui défend les libertés, qui croit à la fraternité des hommes. Il nous faut aussi œuvrer pour la paix, passionnément, car elle n'est jamais définitivement acquise.
Méditons, méditons, nous en avons grand besoin !

Vive la France, Vive la République laïque !