retour

ordre du jour

ALLOCUTION AU COL DU VINON le 14 août 2011
par Claude RODDIER, présidente du Comité Départemental.


Mesdames et messieurs les élus,
Mesdames et messieurs ...,
Chers amis de la Résistance,


Nous sommes aujourd'hui le 14 août. Il y a 67 ans le débarquement en Provence venait de commencer, les bateaux avaient pris la mer, les premiers arriveraient dès le lendemain suivis par beaucoup d'autres. Toute notre région serait libérée. Et pourtant le dernier acte du dernier drame de la Résistance dans cette région R2 (notre PACA actuelle) s'était joué comme si de rien n'était. Le 18 juillet avaient été fusillés et enterrés dans une fosse à Signes 29 résistants parmi lesquels de nombreux responsables régionaux, on appela ce drame l'affaire  Catilina , en mémoire du fameux traître de l'époque romaine. Le 12 août 9 résistants dont deux officiers de la France Libre François Pelletier et Muthular d'Erecalde furent aussi emmenés à Signes, alignés le long d'une fosse creusée à côté de la première et fusillés. L'autopsie prouvera qu'ils avaient été affreusement torturés. C'était l'affaire  Antoine .


Ces deux affaires sont bien sûr liées. Leur lien est la trahison d'un homme Erick, alias  Noël , natif de Marseille, parachuté d'Alger en même temps que François Pelletier et qui sitôt parachuté, va, moyennant une somme de 2 millions de francs, proposer ses services au trop fameux Dunker-Delage de la Gestapo de Marseille et donner toutes les indications permettant l'arrestation des principaux chefs résistants. François Pelletier et Muthular (Lucas) feront partie de ses dernières victimes. Erick sera abattu le 8 août par les Allemands.


La résistance s'était pourtant bien organisée dans la région du golfe Saint Tropez. François Pelletier (Ruben), jeune officier du BCRA d'Alger, avait été parachuté dans la nuit du 7 au 8 mars à La Motte d'Aigues dans le Vaucluse comme responsable de la mission chargée d'établir une liaison par vedettes entre la presqu'île de Saint-Tropez et la Corse. Pris en charge par l'ORA et installé dans le Var (Draguignan/Saint-Raphaël, Cogolin, puis Ramatuelle Saint-Tropez) avec son radio Jean Paoli (Paul Camous) il assure plusieurs liaisons maritimes sur la commune de Ramatuelle. Ces opérations qui ont duré du mois de mars au mois de juillet consistaient à la réception d'agents envoyés de Corse par vedettes rapides et au réembarquement de ceux ayant fini leurs missions en France. En même temps il fallait rechercher les renseignements sur les mouvements allemands et repérer des terrains pour les opérations marines.

François/Ruben prend contact avec les résistants locaux. Ceux ci ont amorcé un rapprochement inédit et vont constituer la  brigade des Maures  où les membres du MUR gaulliste, de l'ORA giraudiste et des FTP communistes se rejoignent. Il prend part de façon enthousiaste à ce projet.

Au mois de juillet, face à l'imminence du débarquement en Provence, et convaincu du rôle important que va jouer la brigade des Maures, François obtient d'Alger, après de longues discussions, des armes. Le parachutage a lieu dans la nuit du 13 au 14, au lieu dit Capelude, à proximité de la ferme des Rabassières près de Cogolin. Comme convenu, la moitié des armes est donnée à Alix Macario, le chef du maquis de Cogolin (soit 6 containers et 1 dépôt de vivres). Le reste est destiné au maquis d'instruction de la Mourre dont il est responsable avec Jean Despas. Quel meilleur exemple de la réalité de l'union de  celui qui croyait au ciel et celui qui n'y croyait pas  que l'amitié et la connivence entre le très catholique François et les maquisards FTP, en particulier l'un des responsables de la brigade, Alix Macario ? Au cours d'un bref passage à Paris, François voit sa famille et dit à son frère Antoine, qui le rapportera dans son livre Autrement qu'ainsi : "Alger nous interdit de donner des armes aux communistes, mais il faut savoir ce que l'on veut, ce sont eux qui se battent le mieux, je leur en donne."


Alix est en effet un fervent communiste. Né à Cogolin où il a toujours vécu, fils d'immigrés italiens, il a participé à la Guerre d'Espagne dans les brigades internationales de novembre 1936 à novembre 1938 . Blessé, rapatrié en France, il ne s'accommode ni de la défaite, ni de Vichy et à partir d'octobre 1940, il contribue parmi les premiers à la reconstitution clandestine du parti communiste dans le secteur des Maures. Membre de l'OS (Organisation Spéciale )en 1942, il est l'un des créateurs des FTP du littoral avec les Battaglia et les Landini. Il héberge et ravitaille les maquisards du futur camp Faïta , prend part activement à l'action immédiate en participant à de nombreuses actions (sabotage sur la voie ferrée du littoral et contre les installations qui servent l'occupant, planques des illégaux, protection des agents de renseignements, etc.). Il participe aussi à la protection des liaisons par sous-marins avec Alger qui ont lieu sur le territoire de Ramatuelle en 1943. Officier dans la brigade des Maures, sous le commandement de Jean Despas et de Marco Celebonovitch, il est le chef du maquis qui se forme autour de Cogolin (groupes Courbet et Valmy ) après juin 1944 et qui parvient à organiser des actions spectaculaires, sans perdre un seul homme (ce dont il était très fier). Son groupe occupe Cogolin le 15 août 1944 avant même l'arrivée des troupes débarquées.


Muthular d'Erecalde est un officier américain d'origine basque parachuté à Beaumont le 14 juin 1944. Il appartient au service secret de l'OSS (Office of Strategic Service) et était sur le point d'embarquer pour Alger avec les plans des champs de mines de la plage de Pampelone.

Le drame de l'affaire Antoine s'ajoute aux innombrables drames qui émaillèrent l'histoire de la Résistance sans arriver à la détruire. Au contraire, les résistants plus forts et unis que jamais prennent une part active aux combats du débarquement et à la libération de la France. C'est en partie grâce à eux, grâce à ceux qui, comme François Pelletier et Muthular d'Erecalde n'auront pu voir la victoire, que la France a pu faire partie des vainqueurs.


Il y a 3 jours, le 11 août, a eu lieu la commémoration à Sainte Croix du Verdon du massacre de 19 maquisards. Le docteur Paul Raybaud présent à ce drame l'a rappelé, puis il a parlé au présent. Seul un résistant peut dire ce que ressent aujourd'hui un résistant, aussi lui ai je demandé s'il acceptait que je vous rapporte son discours. Il m'a donné son accord. Le docteur Raybaud s'est engagé en septembre 1944 dans la 1ère armée et a fait la campagne des Alpes comme membre de la brigade des Maures.

Je donne maintenant la parole au docteur Paul Raybaud.


<object style="width:640px;height:520px"> <param name="movie" value="flvplayer.swf?file=st5.flv&autoStart=false" /> <param name="quality" value="high" /> <param name="allowfullscreen" value="true" /> <param name="wmode" value="transparent" /> </object>

Mais aujourd'hui que nous reste-t'il de ce combat sans précédent ?

Il nous reste une immense déception, une frustration car nous voyons aujourd'hui ce que nous avons aujourd'hui, en voyant comment cette espérance qui était le moteur de notre combat est bafouée. En cette période trouble où nous vivons, la mondialisation financière et l'hégémonie bancaire avec ses crises démantèlent les souverainetés nationales, suppriment les valeurs républicaines et humanistes édifiées au cours des siècles, laissant ainsi l'homme seul, vulnérable et désemparé. Et bien sûr, les thèses racistes nazies aujourd'hui ressurgissent un peu partout, utilisant un langage négationniste et populiste basé sur l'immigration, l'insécurité, la religion et cetera. En France même nous sommes indignés quand Kessler et madame Parisot réclament avec véhémence l'élimination de ce qui reste du programme du Conseil National de la Résistance et quand les principes et les acquis pour lesquels nous avons tout donné et pour lesquels nos camarades ont perdu la vie sont remis en cause d'une façon éhontée.


Aujourd'hui j'ai le cœur serré en regardant cette stèle où sont gravés les noms de mes camarades, en évoquant ceux que j'ai un peu connus, Fuentès et Baudoin de Carcès, les marins pompiers Durand et Jean Mar de Marseille, et aussi Subilia du camp Faita et Tom le malgache sur lequel jamais personne n'a pleuré, et Montoléone si longtemps méconnu. En me quittant, ils ont emporté ma jeunesse et laissé un vide dans mon cœur. Mais, chose étrange, je sens toujours leur présence en moi. Je sais qu'ils continuent à exister tant que l'on pensera à eux, tant que l'on parlera d'eux. Il ne s'agit pas ici de ce qu'on appelle pompeusement le devoir de mémoire, il s'agit de ce que dictent notre cœur et notre conscience : montrer le sens de leur sacrifice à la lumière de cette Résistance qui assura la défaite du nazisme et sut préparer pour les générations futures des lendemains qui chantèrent.


Notre devoir est tout tracé : continuer et développer avec votre aide à tous, le combat de la Résistance contre tout ce qui avilit et méprise l'homme. Nous resterons ainsi fidèles à cette mission patriotique et civique que s'étaient fixée nos morts : faire de notre pays un état de justice et de droit, une France républicaine, sociale, libre, maitresse de son destin, heureuse et accueillante dans un monde en paix.