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Allocution Mont Paradis le 13 août 2011
par Gérard Estragon, président du comité




Mesdames, messieurs les représentants des autorités civiles, anciens combattants, anciens résistants, au nom du COMITE de Toulon de l'ANACR que j’ai l’honneur de présider, je tiens à vous remercier pour votre présence fidèle au cœur de l’été pour honorer comme chaque année la mémoire de deux combattants de l’ombre, morts au combat en pleine lumière.

En ce lieu, le 13 Août 44 en fin d’après midi, deux jours avant le débarquement en Provence, JACQUES BRUSCHINI dit Jean Claude est en mission au quartier des Arènes. Ouvrier artificier à la Pyrotechnie, délégué d’atelier, militant communiste et pour ce, licencié en 41 par Vichy. Il s’engage dans la Résistance dont il devient un des cadres. Entre au réseau F2 puis à l’ARMEE SECRETE. Ses actions armées, sa détermination en feront le responsable des Groupes Francs. Ce jour là il est accompagné dans sa mission par ALBERT SOTGIU de Tourves, ancien de la Marine Nationale, puis cheminot à Carnoules, la menace du STO lui fait choisir la Résistance, comme beaucoup de nos jeunes compatriotes qui ont refusé d’aller donner leur force de travail à l’Allemagne nazie. Ça n’était pas un choix facile, ça signifiait clandestinité, précarité, arrestation, répression pour les familles mais c’était le choix de l’honneur, du courage et du patriotisme.
Ces deux combattants volontaires sont accompagnés d'un autre homme : Théodore Mattei. Ces trois hommes et leurs camarades partisans pourchassent des miliciens, des hommes de main du Parti Populaire Français (le PPF de sinistre mémoire), informateurs zélés de la Gestapo, afin de les mettre hors d’état de nuire.

Vers 18heures, ils se font accrocher au chemin Mont paradis par une patrouille allemande. Une fusillade éclate. Un allemand est tué. Sotgiu et Bruschini tombent criblés de balles : Sotgiu sera tué net, Bruschini alias Jean-Claude se vidant de son sang agonisera durant plusieurs heures sous un soleil meurtrier. Les habitants du quartier déclareront que la victime avait demandé en vain à plusieurs reprises que l’on aille prévenir sa famille demeurant à Toulon 61 chemin du Ponte de Bois. Elle était morte en criant « Vive la France » sans avoir vu ses parents parce que les allemands ne laissaient personne approcher du blessé.
En fait sous la chaleur accablante du mois d'Août les nazis avaient volontairement interdit de donner à boire aux mourants, de leur essuyer le visage, de leur fermer les yeux. Bruschini devait mourir vers 20 heures après deux longues heures d’agonie.

Chers Amis, la proximité d’une petite rue oubliée située à une centaine de mètres de cette dalle sacrée devant laquelle nous sommes réunis ce soir, m’impose de rendre hommage à celui dont cette modeste impasse porte le non : GILBERT KERSAHO.
Né à Lorient, employé de commerce à La Valette, réfractaire au STO collaborationniste, il rejoindra les FTP du Var. Il fut de tous les combats, avec les héros du camp Faïta dans les Maures, dans les Basses Alpes, avec le camp Battaglia, puis dans le massif du Bessillon.
Fut abattu avec 6 de ses camarades à PONTEVES ; il avait 22 ans !

SOTGIU 23 !
BRUSCHINI 31 !

Soixante sept ans après ces morts héroïques, nous sommes de ceux qui pensent que le passé doit servir le présent et ainsi affronter courageusement l’avenir.
L’engagement de ceux qui surent dire NON à l’ignominie nazie, à l’oppression, et à l’asservissement, est un exemple dont il faut perpétuer la mémoire.
Notre devoir est de célébrer le passé mais nous avons l’impérieuse nécessité d’en transmettre l’intemporel message. Gardons nous de banaliser le beau verbe « Résister » qui signifie littéralement « RESTER DEBOUT », méfions nous du dévoiement de ce mot par l’emphase de ceux qui s’en sont auto proclamés les héritiers. Résister dans ces années sombres, c’était risquer la mort, la déportation, la torture, les représailles pour ses proches, la clandestinité, l’angoisse, la peur. C’est cette voie difficile dans laquelle des femmes et des hommes comme SOTGIU et BRUSCHINI, KERSAHO, s’étaient engagés.
C’est grâce à leurs sacrifices que la France a retrouvé sa liberté, la démocratie, la paix.
Cette Résistance là est entrée dans l’Histoire de notre peuple, elle est l’honneur de notre Nation.
Fort heureusement les temps ont changé mais cette jeunesse foudroyée en 44 doit inciter la jeunesse d’aujourd’hui à ne pas se résigner, ni faiblir, ni renoncer, face aux nouveaux défis contemporains. Il n’en manque pas. C’est heureusement sans armes que les jeunes générations ayant soif d’idéal peuvent avec la même exigence résolue que leurs glorieux aînés face à la tyrannie et à une idéologie mortifère, résister à l’indifférence, à la misère, à l’ignorance, aux ravages de la maladie, et de la malnutrition, à l’exploitation sauvage des plus faibles, à la mondialisation sans âme et sans principe.
Résister dans la paix retrouvée grâce aux milliers de femmes et d’hommes courageux, est un défi pour chacun de nous.
Résister pour les citoyennes et les citoyens de 2011, c’est regarder là où les autres ferment les yeux, c’est rester vigilant, sensible, garder sa conscience aiguisée, avoir la volonté ferme de comprendre, de ne pas se laisser mener, savoir dire NON à l’intolérable mais dire OUI à un avenir meilleur pour le plus grand nombre, oui au progrès social, oui aux conquêtes nouvelles pour les liberté individuelles, résister n’est pas s’arc-bouter sur des positions confortables, mais bien au contraire , proposer, risquer, inventer, imaginer, résister c’est affronter ce que d’aucuns nous présentent comme inéluctable, c’est refuser le fatalisme, l’immuabilité des choses.
Ça serait un grave contre sens de penser que pour résister il suffirait d’être CONTRE.

Résister c’est être POUR. Absorbée par un présent intense, exaltant et périlleux, la Résistance de nos parents et grands parents ne cessa d’avoir le regard braqué sur l’avenir. Ce fut là une de ses grandes forces, c’est le grand mérite des 25 membres du CNR regroupant des hommes de toutes tendances qui dans le feu de l’action, au milieu de mille périls, mirent noir sur blanc les grandes réformes qui allaient suivre la Libération de notre territoire national : le petit livre a couverture bleue ciel s’appelait tout simplement « les jours heureux » Il est là l’esprit de Résistance qu’il faut voir perdurer, il est conforme à la parole du grand Jaurès :
« la vraie manière d’honorer et de respecter le passé ce n’est pas se tourner vers les siècles éteints pour contempler une longue chaine de fantômes, mais de continuer vers l’avenir l’œuvre des forces vives du mouvement et du progrès »

En effet, Si ces commémorations ont un sens, au-delà de l’hommage indispensable au courage de nos compatriotes, c’est bien de tenir en alerte nos consciences afin que nos concitoyens empruntent eux aussi le chemin des jours heureux et que LIBERTE EGALITE FRATERNITE ne deviennent pas des mots vide de sens, car seule une mémoire vivante tient l’Homme en état de parole.

Var Matin

Var Matin



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