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Allocution au monument aux morts le 15 décembre 2011
en l'honneur du 70ème anniversaire de la mort de Gabriel Péri
par Gérard Estragon, président du comité




Il y a 70 ans jour pour jour, Gabriel Péri était fusillé par les occupants nazis.
Le 15 décembre 1941 à 13heures 22, en compagnie de 68 autres otages dont plus d’une cinquantaine qualifiés de juifs communistes, Péri était assassiné. Il suivait dans la mort un autre résistant, provençal comme lui, l’officier de marine Honoré d’Estienne d’Orves abattu au Mont valérien dans les mêmes conditions trois mois auparavant.

Ce jour là, à travers toute la France ce seront 95 personnes toutes incarcérées pour activité communiste clandestine, qui seront exécutées, tel Lucien Sampeix fusillé à Caen.

Ainsi dans la grisaille d’un hiver parisien tombait ce méditerranéen, né à Toulon le 9 février 1902, de parents issus de la diaspora corse par son grand père et italienne par sa grand-mère maternelle ; un authentique toulonnais donc, dont les parents s’étaient mariés à Toulon. Lorsque l’âge de la retraite arrivera, le père de Gabriel reviendra vivre à Toulon après une carrière marseillaise bien remplie.

Gabriel, élève brillant, est, dès l’adolescence, saisi par trois passions indissociables qui seront les moteurs de sa vie intense :

Le journalisme, le socialisme, la politique.

Remarqué très jeune par son activité au sein des jeunesses socialistes, puis communiste, il quitte le midi et son cher Marseille pour Paris.

Journaliste surdoué, spécialiste des questions internationales il occupe une place importante dans la conception, la rédaction et l’évolution du journal l’HUMANITE auquel il donnera le meilleur de lui-même notamment aux côtés d’un de ses camarades le plus apprécié : Paul Vaillant Couturier, trop tôt disparu.
On recherche ses analyses sur les remaniements profonds qui bouleversent les équilibres européens d’après la guerre de 14.
«  Connaître et faire connaître telle est ma devise. » écrit- il Ses appréciations des relations internationales deviennent rapidement une contribution attendue par ses contemporains aussi bien par les militants communistes que par les observateurs de la vie politique étrangère.

En plus de ses activités journalistiques (il rédige des articles pour plus de 10 journaux différents), il se voit confier des responsabilités importantes au sein du Parti communiste français, son Parti, et même s’il ne fait pas toujours l’unanimité parmi les dirigeants il influencera souvent la ligne politique du PC en matière de politique étrangère. Il l’incarnera même, au moment de la discussion parlementaire autour de la signature de Munich qu’il qualifiera de « Sedan diplomatique »

Journaliste engagé sa plume est le fer de lance de tous ses combats : anticolonialiste après une mission en Indochine, soutien à la République espagnole que la France aurait dû secourir, contre le fascisme mussolinien, contre le nazisme hitlérien.
Il voit monter les périls en Europe, il dénonce ceux qui alimentent les conflits, les alliances douteuses, il suggère des solutions pour maintenir la Paix qui est au cœur de ses combats. Il écrit «  La paix cela veut dire faire oublier la page sombre que vous venez d’écrire, arrêter le glissement, desserrer l’étreinte sur l’Europe centrale et les Pyrénées, rendre aux peuples qui l’ont perdue, la confiance dans la signature de la France. »

Travailleur infatigable, accablé de responsabilités au niveau national par son parti, exilé à Paris, il garde malgré tout des liens puissants avec notre région. Il anime régulièrement des réunions politiques à Toulon et dans le var, ainsi qu’à Marseille où il est apprécié par de chauds partisans.
Il sera conduit à se présenter par deux fois aux élections législatives : une première fois à Toulon dans la deuxième circonscription où il sera battu par Renaudel et quelques années après à Marseille où il sera battu également.
Péri, fondamentalement unitaire dans un moment où la ligne du PCF ne l’est pas (classe contre classe) il gardera une certaine amertumes de ces expériences malgré le bonheur qu’il eut à faire campagne parmi les siens en Provence.
Il vivra encore plus mal le parachutage, comme on ne le disait pas à l’époque, dans la circonscription d’Argenteuil en Seine et Oise où il sera par deux fois élu député de la République.
Fort de ces succès,- il a été brillamment élu la deuxième fois- on le presse de briguer la municipalité d’Argenteuil. Il refusera arguant qu’il lui semble impossible de cumuler plusieurs mandats, il s’explique «  Le cumul est une méthode déplorable et gravement nuisible à la bonne administration d’une commune »

Antifasciste de la première heure, puissamment engagé dans cette dénonciation qui menace l’Europe, il sera la proie d’un véritable déchirement au moment du pacte germano soviétique, mais il était de cette race d’homme pour qui idéal, fidélité, ténacité sont les piliers inébranlables de leur éthique personnelle.
Pour ce qui concerne Péri il faudrait y rajouter, courage, patriotisme, désintéressement, probité, toutes valeurs qui peuvent prêter à sourire dans nos société par trop cyniques et désabusées.

Toutes ces vertus servies par une grande intelligence, une élégance de la pensée et une indépendance intellectuelle pas toujours bien comprise par ses camarades.

Mais il est fidèle à son engagement et il le sera jusqu’au sacrifice ultime.

Déchu de son mandat le 21 janvier 40, son parti interdit, par le gouvernement français, il agit dans la clandestinité et est condamné par contumace en même temps que trois camarades pour reconstitution de parti interdit.

En mai 41 il est arrêté par la police française, interrogé en vue d’un procès qui n’aura jamais lieu, il sera finalement livré aux allemands et porté sur une liste d’otages. Il est fusillé le 15 12 après avoir refusé de signer une déclaration condamnant les actes de résistance de ses camarades qui avaient choisi la lutte armée.

Fidèle à en mourir. C’est ce qu’il écrira avant d’être assassiné : « Que mes amis sachent que je suis resté fidèle à l’idéal de ma vie, que les compatriotes sachent que je vais mourir pour que vive la France »

Personne ne sait en quel lieu sa dépouille fut ensevelie, seuls les poètes le savent :

Aragon écrit : C’est au cimetière d’Ivry qu’au fond de la fosse commune, dans l’anonyme nuit sans lune, repose Gabriel Péri.

Ce héros sans sépulture, militant de l’écrit, aura laissé à la postérité 4200 articles et le souvenir de la vie exemplaire d’un homme qui plaçait son idéal au dessus de toutes les contingences. Face à la mort il ne regrettera rien : l’espoir d’une France libérée des nazis et de leurs complices pour qu’enfin puissent advenir des lendemains qui chantent, donna à cet homme engagé la force tranquille pour affronter ses assassins.

Engagé, fidèle, idéaliste certes, utopiste peut être, mais debout et lucide, résistant jusqu’au bout, il nous livre cette ultime mise en garde :

L’Histoire sera sévère pour ceux qui voudraient sacrifier l’intérêt de la Nation à leur passion partisane.

Nous n’oublierons jamais le toulonnais Gabriel Péri, son espoir est vivant.





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