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Allocution Place Gabriel Péri le 27 mai 2011
par Gérard Estragon, président du comité


Remerciements, salutations des présents...............

Comme tous les 27 mai, à l'appel de notre association nationale des anciens combattants de la Résistance et de leurs Amis, le comité de Toulon célèbre l'anniversaire de la création du CNR par Jean Moulin. Il y a 68 ans, Jean Moulin, ce préfet courageux, traqué, pourchassé, vivant sous de fausses identités réunit 48 rue du Four en plein Paris au nez et à la barbe de l'occupant, seize représentants de la France qui a dit NON : huit pour les mouvements de résistance intérieure zone nord zone sud, six pour les partis politiques qui n'ont pas trahi, deux pour les syndicats CGT, CFTC.

Le CNR est né. C'est un évènement capital.

Non seulement cette réussite due à une farouche volonté d'union des forces patriotiques donne au général de Gaulle à un moment crucial la légitimité dont il avait besoin, mais c'est un acte fondateur pour notre République restaurée, dans les années qui allaient suivre la Libération. Pour en arriver là, le génial négociateur qu'était Jean Moulin avait su tisser une véritable toile d'araignée magnifiquement élaborée reliant les différents mouvements de résistance, base de la libération nationale ; Toile, évidemment très fragile comme toute construction clandestine.
La suite le prouva, moins d'un mois après la première réunion du CNR, le 21 juin 43 Jean Moulin est arrêté à Caluire dans la périphérie de Lyon lors d'une réunion où devaient être discutées les mesures à prendre à la suite de l'arrestation du général Delestraint.
Décapitée, les difficultés pour maintenir cette savante construction ainsi que les liens qui existent avec la Résistance extérieure sont multiples, mais elles montrent du même coup l'importance de l'œuvre accomplie dans des conditions de péril extrême : C'est bien à dater du 27 mai 43 que la poussière d'initiatives nées en <40 et 41 finit par donner ce qu'on appellera la RESISTANCE., et cette donnée la, ne pèse pas peu dans l'image et le rôle que la France aura au moment de la Libération puis de la Victoire.
Comme l'a dit Christian Pineau qui lui rendait hommage, Jean Moulin alias Max n'aura pas vu se lever le grain qu'il avait semé. Pourtant plus que beaucoup d'autres il l'aurait mérité.

Dans le délabrement de la France courbée et humiliée par la capitulation et l'occupation étrangère, Jean Moulin ne pouvait qu'être résistant. Son passé parlait pour lui. Son engagement dans la Résistance ne date pas du 17 juin 40, de sa confrontation avec la violence hitlérienne.
Ce n'est pas parce qu'il a été torturé qu'il est devenu résistant. C'est parce qu'il était résistant, c'est-à-dire rebelle à toute idéologie avilissant l'individu, qu'il a subi, sans faiblesse mais non sans souffrance, les outrages de ses bourreaux. Plutôt mourir, pour ce préfet radical et républicain, que de signer le document infamant pour l'armée française que lui tendaient ses tortionnaires.
Il a compris que faute d'union les français décidés à résister à l'oppression seraient de peu d'efficacité. C'est son obsession. ╬uvrer au rapprochement de toutes les forces demeurées fidèles à la patrie et aux valeurs fondatrices de la République, éviter que se creuse un fossé d'incompréhension entre les combattants de l'intérieur et ceux de l'extérieur--le destin de la France n'était pas si assuré qu'elle pût se passer de l'une ou de l'autreĐafin que se crée l'armée de la France combattante sous la direction du général de Gaulle qui permettra à notre pays , le moment venu, de se trouver, non pas seulement dans le camp des alliés, mais surtout dans celui des vainqueurs.

Les membres du CNR devaient qq mois plus tard dans le droit fil de la pensée de MAX, mettre au point un programme d'action, car ce fut la sa grande force qu'au-delà d'un présent exaltant et périlleux, la Résistance ne cessa d'avoir le regard braqué sur l'avenir. Les directives les plus novatrices de ce programme constituent les bases solides de ce que fut l'ascenseur social des trente glorieuses. Elles inspirèrent les articles majeurs de la DUDH de 1948, notamment tout ce qui définit la citoyenneté sociale.

C'est bien au nom de l'AVENIR, tout en s'appuyant sur le passé glorieux des résistants que les Anciens combattants de la Résistance et leurs amis s'adressent à leurs concitoyens en général et à la jeunesse en particulier.
Malgré les turbulences qui agitent le monde en pleine mutation, malgré l'absence de repaires fiables, malgré la perspective de lendemains incertains, le rappel de cet anniversaire mémorable et ce qui s'en suivit doit inspirer leurs actions, leur engagement citoyen. Comme jean Moulin et les siens il faut savoir dire NON au pouvoir desséchant de l'argent roi, à la financiarisation sans limite de l'économie, NON, aux idéologies mortifères, aux combats fratricides, aux dogmes obsolètes, aux intégrismes de toute nature, aux injustices.
Dire NON à l'exploitation de l'homme par l'homme et aux nouvelles aliénations que l'on voudrait nous imposer.
Des femmes et des hommes sont morts, ont sacrifié leur jeunesse croupissant dans des camps ignobles, ont tout quitté , tout risqué, pour que nous puissions vivre en paix, en démocratie protégée par nos valeurs républicaines retrouvées.
Demain, c'est avec de nouveaux concepts, de nouvelles exigences qu'il faudra bâtir le présent et l'avenir mais en tenant ferme cette ligne de vie que la Résistance nous a légué.
L'union des forces vives, démocrates, progressistes et humanistes est nécessaire, certainement bien au-delà de nos frontières. La tache est immense, c'est la mondialisation des hommes de bonne volonté qui est sur le métier, opposée à la globalisation des spéculateurs de tout poil. C'est ce qui peut motiver les nouvelles générations en quête d'idéal, celui, que porta Jean Moulin jusqu'à son dernier souffle.
Si les anciens résistants entourés de leurs Amis ont bien un devoir de mémoire ; ils ont également un devoir de vigilance.
Vigilance face aux résurgences fascistes et totalitaires, vigilance face à la xénophobie, au racisme et à l'antisémitisme ces nuisances ordinaires qui travaillent la face obscure de l'opinion.
Vigilance devant les formidables avancée de la science afin que les progrès techniques qui en sont issus constituent un progrès social destiné au plus grand nombre.
Il ne faut pas que les images des combattants de la nuit deviennent des clichés. Il faut que les jeunes générations s'inspirent des actions passées pour en tirer les enseignements propres à les aider à construire leur avenir.

Le devoir de mémoire-active, que nous nous sommes imposés doit être relayé par une prise de décision de nos gouvernants afin que soit reconnu comme journée nationale cet anniversaire du 27 mai 43. Ainsi nous serions en accord avec la mise en garde du grand poète résistant Pierre Seghers : « Jeunes gens qui me lisez peut être, pensez y, les bûchers ne sont jamais éteints et le feu, pour vous, peut reprendre » Cette journée que nous espérons serait un temps fort de la vie républicaine, dans laquelle, démocrates, défenseurs des droits de l'Homme, pacifistes lucides, humanistes, progressistes, devraient se reconnaître et ensemble continuer le combat pour les lendemains...

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